: Lettres pastorales :
Redécouvrir le mariage
Qui sauvera la dignité et la sainteté du mariage? Dans un monde comme le nôtre, où les valeurs de fidélité et de fécondité sont de moins en moins appréciées, la nouveauté toujours actuelle du mariage chrétien doit être mise en lumière.
L’être humain n’accomplit pas sa propre vocation dans la seule maîtrise de l’univers et dans le seul effort pour améliorer ses conditions de vie; mais il porte encore en lui-même la nécessité d’aller à la rencontre d’un être capable de communion intime et profonde avec lui. Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa (Gn 1, 27). En effet, grâce à une force fondamentale qui l’anime, l’homme peut dès l’origine découvrir dans la femme un « autre » lui-même : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair (Gn 2, 23). La composition sexuelle de l’homme et de la femme doit, comme toute leur existence corporelle, être comprise comme une présence, un langage, une reconnaissance de l’autre. Le mystère de l’homme et de la femme ne se trouve pas seulement dans l’un et l’autre considérés séparément, mais aussi dans la communion des personnes jusqu’à un dialogue authentique ouvert et fécond. L’amour est une puissance qui permet d’accepter l’autre tel qu’il est et d’être reconnu de lui tel qu’on est.
Le lien profond qui unit l’homme et la femme possède dans le vieux texte de la Genèse deux caractéristiques essentielles : il est supérieur à n’importe lequel autre lien, y compris celui avec le père et la mère, qui est mentionné dans le décalogue tout de suite après les relations à Dieu; il est si intime et profond au plan de l’esprit et du corps qu’il fusionne le couple humain en un seul être : C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair (Gn 2, 24).
Jésus se réfère à cette réalité, lorsqu’il réaffirme l’indissolubilité du lien matrimonial. Les Pharisiens veulent mettre Jésus dans l’embarras en lui posant la question délicate du divorce. Dans la perspective de l’ancienne alliance, où le cœur de l’être humain n’a pas été complètement transformé, celui-ci a pu être toléré, répond Jésus. Dans la perspective du Royaume, le mariage retrouve son vrai sens : celui d’une union totale et définitive entre un homme et une femme (cf Mc 10, 1-12). Jésus élève ainsi le débat bien au-dessus du simple point de vue juridique. L’amour est une réalité infiniment sérieuse. Il suppose un engagement total et irrévocable. L’époux se donne à son épouse et vice versa. Comme il est sérieux cet engagement réciproque! De plus, Jésus n’entend pas le mariage tout simplement comme une institution extérieure : il va en profondeur. Toute la personne doit se garder libre pour l’autre. Jésus donne à l’amour humain sa raison d’être la plus authentique et durable. Le mariage est le plus beau des dons que Dieu dans son acte créateur a faits à l’humanité; il reflète quelque chose du don de soi, de l’amour et de la communion intime à l’autre, qui rappellent les propriétés de l’essence même du Dieu trine. C’est dans l’unité du couple que l’être humain réalise l’image de Dieu; il est « procréateur ». En effet, le couple qui engendre un enfant se voit donner dans cet acte le pouvoir de coopérer avec Dieu.
Avec Jésus, le mariage est devenu une nouveauté permanente. En effet, par le sacrement de mariage, l’authentique amour conjugal est assumé dans l’amour divin et il est dirigé et enrichi par la puissance rédemptrice du Christ et l’action salvifique de l’Église, afin de conduire efficacement à Dieu les époux, de les aider et de les affermir dans leur mission sublime de père et de mère (Constitution pastorale « Gaudium et Spes », No 48, § 2).
On peut dire que le sacrement de mariage est un baptême qui s’applique à la condition conjugale. En effet, les époux chrétiens expérimentent au cœur de leur vie le mystère de mort et de résurrection du Seigneur. Comme il est difficile d’aimer vraiment l’autre! La force destructrice de l’égoïsme peut s’infiltrer si facilement dans les rapports humains! Cependant, la grâce du sacrement purifie les cœurs de l’égoïsme et branche l’amour humain sur le courant de l’amour du Christ pour l’Église : un amour gratuit et total qui se donne sans réserve aucune. Il n’y a pas d’amour authentique sans renoncement, sans sacrifice de soi-même. Voilà le type d’amour que les époux sont appelés à reproduire dans leur vie conjugale! Un amour sublime qui dépasse les seules possibilités humaines! C’est pourquoi le Christ demeure avec les époux pour qu’ils puissent le vivre. Le rapport étroit avec le Christ alimente et rend possible l’unité, l’indissolubilité et la fécondité du mariage chrétien. La paternité et la maternité responsables s’exercent alors dans le respect du plan de Dieu.
L’amour physique et charnel n’est pas une recherche égoïste du plaisir, mais l’expression d’un amour complet et spirituel, signe et aliment de la communion des personnes. Le sacrement transfigure la réalité humaine et la rend signe d’un amour plus grand. Cette vocation sublime à l’amour se réalise uniquement dans une alliance irrévocable entre un homme et une femme, tant pour leur bien personnel que pour la procréation et l’éducation de leurs enfants.
Ah! Si notre société d’aujourd’hui pouvait découvrir le sens de la sexualité humaine et de l’amour authentique!... La sexualité est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme; elle n’est pas quelque chose de purement biologique; mais elle concerne toute la personne humaine dans sa plus profonde intimité. Elle est bonne, voire sainte. C’est une force merveilleuse, une force créatrice. Pourtant, lorsque l’attirance sexuelle est séparée de l’ensemble des valeurs humaines et ne fait plus partie intégrante de l’amour par lequel l’homme et la femme s’engagent l’un envers l’autre, elle devient source d’égoïsme et d’abîmes insoupçonnés de mal.
La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Dieu lui-même est l’auteur du mariage (G.S. No 48, § 1). La vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l’homme et de la femme, issus des mains du Créateur. Le mariage n’est donc pas une institution purement humaine... La dignité et la grandeur de l’union matrimoniale résistent donc à toute redéfinition. Un défi nous est lancé maintenant : sauvegarder et promouvoir la dignité originelle et la valeur privilégiée et sacrée de l’état de mariage (G.S. No 47, § 3).
+ Emilius Goulet, p.s.s. Archevêque de Saint-Boniface
Solennité de saint Joseph Le 19 mars 2005
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